| Hélas! aucun équivalent français ne rendrait au moins aussi bien que cet ambigramme mon idée d'autonomisation par autonommage. De grâce, ne soyons pas anglophobes. :-) |
Le vendredi 23 mai 2025, j'ai créé ce blogue sous le titre de Pensées fredopolitiques : carnets de Nouvelle-Amérique et j'en ai publié l'article fondateur, «La République de Nouvelle-Amérique : un projet politique pour le 3e millénaire». Le samedi 24 mai 2025, j'en discutais avec mon ami français (le détail est important) Simon Fonteneau. Au terme de notre conversation, il m'avait convaincu de changer le nom de mon projet de nouvel État-nation et de parler de «Nouveau-Québec» plutôt que de «Nouvelle-Amérique». (L'idée de «Nouveau-Québec» vient de moi; de ce que je me souviens, Simon proposait plutôt de garder l'étiquette de «Québec», en parallèle de laquelle notre nationalisme s'est construit.) J'ai donc aussitôt changé le sous-titre de mon blogue et lui ai refait une bannière portant ce nouveau sous-titre.
Si j'étais d'accord avec l'argument réformiste de Simon sur l'importance de considérer le contexte historique, il me semblait essentiel de marquer la différence entre le nom de ce que nous sommes actuellement – une province de colonisations française et britannique, ainsi que d'influence étatsunienne – et ce que nous pouvons devenir – une république autodéterminée inspirée de ces allodéterminations. Cette République du Nouveau-Québec issue de la Province de Québec enverrait au monde le même message que le psychologue Erik Homberger a envoyé en se renommant Erik Erikson («Erik, fils d'Erik») lorsqu'il est passé de l'Europe à l'Amérique : un acte d'autoenfantement est ce qui crée réellement le soi, au-delà de sa naissance – pur et simple accident, puisqu'on ne l'a pas décidée. Comme disait Sartre : «L'important n'est pas ce que le monde a fait de nous, mais ce que nous faisons de ce que le monde a fait de nous.»
Un nom est d'une importance cruciale. C'est ainsi qu'on se présente à la société, et donc aussi qu'on se met en vente dans ce cycle de l'échange qu'on appelle «marché». Moi-même, votre humble (#Not) auteur, ce que je veux vendre par ma personne, c'est l'idée de l'autonomie. Et l'autonommage n'est pas un mauvais point d'où partir pour s'autonomiser (s'empouvoirer, s'encapaciter, etc.). C'est une des raisons pour lesquelles je tiens désormais à ce qu'on m'appelle «Fred» plutôt que «Frédéric» (mon prénom reçu à la naissance), changement que je ferai dès que possible officialiser au Directeur de l'état civil. Une autre – la principale –, c'est que je trouve «Fred» plus accessible que «Frédéric», et que je tiens d'autant plus à être considéré comme une personne abordable que mon niveau de vocabulaire élevé (pour ne pas dire «précieux», puisque j'ai appris à parler avec les romantiques français du 19e siècle) et un certain flegme par inhibition sociale due à des traumas d'enfance me font paraitre froid, voire hautain/arrogant.
Mais on ne peut pas s'autonommer dans le vide. Il faut le faire en s'adaptant au monde tel qu'il est; autrement, on court le risque de perdre son droit de cité dans un monde où le langage et les relations interpersonnelles qu'il rend possible font nécessairement la loi. Ainsi le nom d'«Erik Erikson» et son intention restent-ils compréhensibles en fonction des normes langagières existantes. Ainsi «Fred», surnom déjà utilisé par beaucoup de personnes quand elles s'adressent à moi, m'a-t-il semblé un autonommage plus réaliste que d'adopter le «William Rocray» que j'ai toujours envisagé comme nom de plume. De même Alissa Zinovievna Rosenbaum s'est-elle adaptée à son nouveau contexte en passant de la Russie aux États-Unis, où elle s'est renommée «Ayn Rand» : sans dire que l'efficacité de ce nom de deux syllabes plutôt que de dix est responsable de sa popularité comme théoricienne hypercapitaliste, on peut légitimement penser qu'il y a contribué en rendant plus facile de parler d'elle et de ses idées.
Je tenais à préciser les dates en début de billet de blogue pour indiquer à quel point je peux changer d'idée rapidement et facilement quand on apporte de bons arguments pour me convaincre. (Je déstabilise d'ailleurs assez souvent les gens en changeant d'idée à l'intérieur d'une même conversation et en insistant pour qu'on passe à un prochain appel.) Ce qui ne veut pas dire que je suis une girouette. J'ai gardé/je garde certaines idées des années, voire des décennies, quand je n'étais/ne suis pas exposé à de bons arguments. C'est ce qui fait aussi dire à certaines personnes que je suis fermé. Je ne le suis pas : c'est simplement que j'aime assez les idées pour ne pas faire de concession aux mauvaises. Je considère tous les arguments qu'on m'apporte. S'ils sont pertinents, je les intègre dans ma réflexion; s'ils sont stupides, je les rejette. Que certaines personnes aient trop d'égo pour admettre que leurs arguments sont mauvais, c'est bien dommage. Faire des concessions sur ses idées pour ne pas blesser les gens est au mieux de l'hypocrisie, au pire un total manque d'intégrité. Dans les deux cas, on ne fait rien avancer ainsi : pas soi-même, pas non plus autrui qu'on conforte dans ses fausses certitudes, et enfin, assurément aucun projet politique.
Ce que j'ai développé avec le temps, c'est la diplomatie, c'est-à-dire la manière de manifester pourquoi je considère les arguments des autres comme insuffisants à me convaincre de changer d'idée. Ceci m'a rendu beaucoup plus agréable et digestible dans les débats, de sorte que je convaincs aussi bien mieux. Je considère cependant avoir toujours gardé le courage d'affirmer mes convictions. Si on a l'impression contraire, qu'on me l'indique, et je m'engage à m'autocritiquer pour bien voir si c'est le cas. Ce n'est qu'une autre des manières par lesquelles j'ai appris à m'adapter pour le bien de la progression des idées. Je me disais autrefois que l'égo des gens était seulement leur problème. Pourtant, quand cet égo me met des bâtons dans les roues, il devient aussi mon problème; je dois donc aussi travailler à le résoudre. Ce pourquoi psychoflexibiliser l'humanité fait aussi désormais partie de mes objectifs de vie majeurs.
S'il est important d'affirmer ses idées – c'est-à-dire les conclusions auxquelles sa vie nous a menées –, c'est parce qu'elles font progresser la discussion collective. C'est pour la même raison qu'il faut affirmer sa personnalité, dont le nom fait forcément partie comme symbole suprême de soi. Or, on ne se nomme pas et on ne s'affirme pas pour écraser les autres. Seuls les anti-individualistes les plus féroces, autrement dit les plus déraisonnables, soutiennent encore cette idée fausse. Être à l'aise d'être soi-même est plutôt la meilleure position pour s'intéresser à autrui avec honnêteté et ouverture. Il ne faut pas confondre cette position avec le narcissisme compensatoire qui mène à l'autocentration. La personne intégrée et adaptative, au contraire, est celle qui se permet le plus de se décentrer d'elle-même, puisqu'elle est confiante dans le fait de retrouver son identité – claire et nette – après ces sorties de soi.
De l'anti-individualisme à l'antinationalisme, il n'y a qu'un pas. Après tout, la personne et la nation ne sont que deux niveaux d'affirmation identitaire. Aucun niveau n'existe au détriment des autres; les problèmes surviennent plutôt quand on se focalise sur un niveau plutôt que d'équilibrer les demandes des différents niveaux. Pour l'instant, il n'est en effet pas rare que nous ayons des hyperindividualistes antipolitiques d'un côté, des hyperpolitiques anti-individualistes de l'autre. C'est, à mon sens, un accident historique plutôt qu'une nécessité. J'espère fournir l'exemple de manière saine d'intégrer ces deux engagements, en montrant comment ils peuvent se synergiser plutôt que s'entraver. Puisse ce blogue y contribuer. :-)
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