vendredi 23 mai 2025

La République de Nouvelle-Amérique : un projet politique pour le 3e millénaire


Plutôt que de devenir un 51e État étatsunien, pourquoi pas fonder une nouvelle république?


En essayant de mille manières d’étendre le cadre de mon blogue éducationnel (mon Journal de l’Académie cinétique [JAC]) à la politique, j’en suis venu à la conclusion que j’étais mieux de me partir un deuxième blogue pour mes pensées politiques issues de choses que je lirai, entendrai, dirai, etc. dans le cadre de mon militantisme [péri?/para?/pro?/pas-pirement?]péquiste. D’où ces Pensées fredopolitiques : carnets de Nouvelle-Amérique

Qu’est-ce que la Nouvelle-Amérique? C’est le nom que je voudrais donner à notre République sécessionnée. J’aime bien l’efficacité bisyllabique de «Québec», mais se désigner collectivement comme un simple «passage étroit», ce n’est pas très inspirant. On me dira aussi que «Québec» permet de souligner l’héritage des Premiers Peuples, dont j’espère qu’ils voudront faire partie d’une potentielle République. Mais il y a mille autres manières de le souligner (ex. : leur attribuer plusieurs des noms de villes, villages, rues, etc. qui seront disponibles quand on se débarrassera de nos «Saint/Sainte»).

Maintenant, même si on acceptait de se renommer symboliquement lors de notre sécession, on pourrait se demander : «Pourquoi ‘‘Nouvelle-Amérique’’, donc?» Certains de ceux avec qui j’ai discuté de la question d’un nouveau nom proposaient plutôt «Laurentie», plus ancré dans notre toponymie actuelle. Considérant que se donner un nouveau nom est un geste hautement symbolique, je voudrais que le symbole évoque autre chose que la région, les forêts, etc. Je voudrais qu’il évoque l’esprit d’initiative que je nous connais, et que je souhaite que nous poussions encore plus loin. Car qu’est-ce que l’Amérique? Plus qu’un continent, à mon sens, c’est avant tout une idée. 

Rappelons-nous que, partant sur l’Atlantique, les grands explorateurs s’attendaient à se rendre en Asie, d’où le fait que les Amériques ont été dites les «Indes», et leurs autochtones des «Indiens». Quand on a constaté qu’il ne s’agissait pas des Indes, mais d’un tout nouveau continent, on lui a donné le nom d’Amerigo Vespucci, un des initiateurs des grandes explorations. Par la suite, de manière terminologiquement problématique, les Treize Colonies se sont renommées «États-Unis d’Amérique» et se sont attribuées le gentilé «Américain·e» (qui devrait en fait désigner tout·e habitant·e des Amériques : du Nord, centrale et du Sud; raison pour laquelle plusieurs parlent plutôt des «Étatsunien·ne·s» [ce qui cause un autre problème vu les «États-Unis du Mexique»… mais en même temps, personne ne désigne les EUMien·ne·s autrement que comme «Mexicain·e·s», donc ça marche]).

Les EUA, même avec une courte histoire, en sont venus à représenter à l’échelle mondiale – surtout vu (1) la terre d’accueil qu’ils ont toujours constituée, (2) leur intervention dans la Deuxième Guerre mondiale et (3) leur opposition au communisme – l’esprit d’initiative, l’innovation, la liberté et la mobilité sociale. Quand on parle du «rêve américain» (en y croyant ou non; peu importe), c’est une conjonction de plusieurs de ces facteurs qu’on a en tête.  Ceci dit, pour devenir ce qu’ils sont devenus à partir des petites Treize Colonies d’origine, les EUA ont dû se donner les moyens de leurs ambitions. Je parle de ce processus dans un texte du JAC (dans sa version pré-blogue), titré «L’utopie de la sécession : la Révolution étatsunienne, Isaac Asimov et Ayn Rand», que je trouve pertinent de citer en grande partie ici. 

«La guerre de Sécession est probablement le moment le moins sécessionniste de l’histoire mondiale. Pour peu qu’on accepte de définir avec moi l’acte de sécession comme une volonté de se détacher, de partir loin, de créer quelque chose de nouveau, il faudra admettre qu’il y avait très peu d’espoir d’une sécession durable et fructueuse dans cette opposition entre les États nordistes et les États sudistes. […] Si la sécession interne des États-Unis ne pouvait être sérieuse, c’est parce que les États-Unis sont fondamentalement unis en tant qu’entreprise commune de sécession du reste du monde.

[…] La formation même de ce pays est sa première sécession, modèle de toutes les autres. Davantage que les autres colonies du Nord et que celles du Sud des Amériques, plus encore que les colonies européennes disséminées un peu partout dans le monde, et qui n’obtiendront leur indépendance qu’au 20e siècle, les États-Unis sont uniques dans l’histoire. Le Boston Tea Party, la Déclaration d’indépendance, etc. sont autant d’étapes d’un seul et grand processus qui ouvre la porte à son constant autodépassement. 

Même si la Révolution française a été plus amplement retournée, étudiée, décortiquée  sans doute parce qu’elle est bien plus riche à l’égard de tout ce qui l’avait préparée , la Révolution étatsunienne quant à elle est riche par ce qu’elle a permis. Parce qu’elle a eu lieu sur un jeune continent, nommé Nouveau Monde par ceux qui l’avaient découvert, elle était vouée à avoir plus d’avenir que de passé. Bien sûr les symboles de la Révolution française sont plus forts que ceux de la Révolution étatsunienne, et leur romantisme est plus accessible : la décapitation d’un roi, un chaos s’étalant sur dix ans, puis un esprit génial qui se déclare empereur et conquiert l’Europe. Le romantisme de la Révolution étatsunienne est plus subtil, et il reste malheureusement incompris. […]

Qu’est-ce que la sécession américaine, au sens de toutes les Amériques – mais avec ce fer de lance que sont les États-Unis? C’est la pure et simple affirmation d’un nouveau lifestyle. C’est un enfant qui annonce à ses parents qu’il les quitte pour exister à sa façon, selon ses principes, plutôt que de vivre avec ceux qu’ils prétendent lui imposer. Ces principes sont ceux de l’individualisme, du travail, de l’innovation, de la libre entreprise et de l’argent. (Peu le savent, mais le signe de dollar étatsunien [donc à deux barres plutôt qu’une seule] vient des lettres «U» et «S» superposées dont on a ensuite coupé le bas du «U».) Réalisant la chance qu’elles ont eue d’être implantées dans un Nouveau Monde où tout reste à découvrir et à faire, les Treize Colonies choisissent d’être en elles-mêmes un univers qui se réinventera perpétuellement, dans le but ultime de toujours mieux trouver le bonheur sur Terre (#DroitConstitutionnelÀLaRe-chercheDuBonheur). Raison pour laquelle l’industrialisme était nécessairement voué à mieux s’implanter en Amérique qu’en Europe, et pour laquelle la contestation du capitalisme n’y a jamais été aussi forte. 

Les États-Unis ayant fait sécession par les idées, ils continueront longtemps de le faire par l’action. Bien entendu il y aura toujours des échanges entre les intellectuels étatsuniens et ceux d’ailleurs dans le monde, et le commerce ne cessera jamais de créer des ponts de là jusqu’ailleurs. Mais cet esprit sécessionniste comme moteur d’innovation n’en demeure pas moins une fierté continentale qu’on défend bec et ongles. C’est ce qui explique la tendance isolationniste américaine (ici aussi au sens continental du terme) affirmée par la doctrine Monroe, et qui s’étend de la fin du 18e siècle jusqu’à la moitié du 20e siècle. Le pays toujours jeune voit les vieux continents se militariser, mais se dit qu’il peut rester à part de ce conflit – au fond la conséquence logique et inévitable de leurs principes mortifères qu’il a lui-même enfin dépassés. Les États-Unis attendront longtemps avant de s’impliquer, et ne le feront que quand la menace nazie sera devenue assez puissante pour leur faire craindre qu’elle se rende jusqu’à eux un jour, par-delà l’océan. On constatait ainsi que la sécession permanente était une utopie dans un monde où les humain·e·s doivent nécessairement cohabiter. Après la sécession doit advenir l’association.» 

Il semblera évident à n’importe qui, en ce premier quart du 21e siècle que nous achevons, que les EUA ne sont plus l’idéal qu’ils ont si longtemps incarné. De plus en plus de gens considèrent désormais le rêve étatsunien comme un cauchemar étatsunien. Quand ce que le président des EUA accepte, ce sont des avions personnels offerts par un pétromonarque musulman plutôt qu’une Statue de la Liberté nationale, quelle légitimité reste-t-il aux EUA de se poser encore comme symbole mondial du progrès humain?

C’est dans cette optique que je propose une nouvelle sécession à l’intérieur même du continent américain, par la sécession du Québec et par son autorenommage en tant que «République de Nouvelle-Amérique» (RNA), avec son gentilé de «Néoaméricain·e» et son projet inspirationnel collectif que serait celui du «rêve néoaméricain». Que serait le rêve néoaméricain? Plusieurs choses en restent à définir, mais voici quelques-unes de mes humbles propositions. À mon sens, ce ne devrait pas être l’actuel modèle québécois qui, pour avoir trop voulu s’opposer à l’Amérique du Nord anglophone, s’est trop rapproché du modèle français. Ce n’est pas cependant non plus, comme les nationalistes collectivistes le soulignent à juste titre, le modèle anglosaxon quant à lui intégralement individualiste et multiculturaliste – ultimement, un tel modèle en vient à abdiquer tout universalisme et tout absolutisme, et donc sape toutes les bases dans lesquelles ancrer les règles du vivre-ensemble. Le modèle néoaméricain devrait s’inspirer des cultures française, britannique et étatsunienne qui ont irrigué notre nation par les échanges de toutes sortes (commerciaux, migratoires, diplomatiques, artistiques, touristiques, etc.). Notre Révolution tranquille a trop souvent opposé un refus global à une grande part de ces héritages. Profitons-en plutôt.

Tout me semble pouvoir et devoir être réévalué dans la reformation identitaire nationale à laquelle il faudra procéder, non seulement pour faire sécession en pleine conscience, mais pour convaincre d’adhérer au projet sécessionniste. Pour créer une république optimale, il faut tout mettre sur la table à dessin : ses couleurs, son drapeau, son hymne, ses symboles, les points saillants de son histoire collective, etc. Il ne s’agit pas de faire table rase du passé, mais de considérer que les mots qui y ont déjà été écrits, s’ils peuvent inspirer ce qui peut être réécrit, ne le déterminent heureusement pas. Il s’agit de considérer que les récits nationaux que nous nous sommes racontés jusqu’à présent sont potentiellement incomplets et, si c’est bien le cas, de concevoir plus largement notre passé pour nous enlever les œillères avec lesquelles nous regardons notre avenir.

Or, un nouveau nom n’est jamais un mauvais point de départ pour une nouvelle vie. Et le nom de Nouvelle-Amérique, pour toutes les raisons précédemment nommées, me semblerait le meilleur point de départ possible pour que ce que nous avons à offrir au concert des nations : l’espoir d’un printemps des peuples… et de toute l’humanité.


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